Au Québec, près de 165 000 jeunes pratiquent un sport au niveau scolaire parallèlement à leurs études. Les attentes sont souvent très élevées envers les étudiants-athlètes, ce qui peut devenir lourd pour un jeune pressé de réussir à l’école, de performer dans le sport et d’accorder du temps à sa vie sociale et familiale. La façon dont les athlètes font face à ces différents stresseurs est notamment déterminante pour leur santé mentale et leur réussite sportive (Rice, Purcell, De Silva, Mawren, McGorry, & Parker 2016). En fait, dans la population générale, une personne sur cinq souffrira d’un problème de santé mentale au cours de sa vie, et les athlètes n’y font pas exception (Gulliver, Griffiths, Christensen, 2012).

Les problèmes psychologiques les plus communs pour les étudiants-athlètes incluent la dépression, l’anxiété, les troubles alimentaires, les troubles déficitaires de l’attention, les troubles liés à l’usage d’une substance et les changements psychologiques à la suite d’une commotion cérébrale. Alors si les athlètes sont également touchés par ces problèmes, la culture entourant le monde sportif pourrait toutefois faire en sorte que les étudiants-athlètes vivent ces troubles de santé mentale différemment.

Déjà très présente dans la société en général, la stigmatisation entourant la santé mentale représente un défi encore plus grand pour certains étudiants-athlètes qui, sous prétexte qu’ils sont des performers et des modèles de réussite pour leur entourage, hésitent à demander de l’aide. Ainsi, plusieurs d’entre eux restent en silence, trop habitués à entendre qu’il faut être fort mentalement pour avoir du succès dans le sport. En effet, un seul athlète sur 10 cherche à obtenir de l’aide quand il en a besoin. Une statistique plutôt inquiétante pouvant s’expliquer de différentes manières : le déni, l’embarras, la stigmatisation ou encore une mauvaise compréhension des maladies « psychologiques » comparativement à celles dites physiques (Schwenk, 2000). De plus, certains athlètes peuvent craindre que leurs entraîneurs et coéquipiers apprennent qu’ils consultent et que cela affecte négativement la perception de leurs pairs en étant désormais perçus comme faibles (Gulliver, Griffiths, Christensen, 2012; Watson, 2005).

Les étudiants-athlètes se font fréquemment répéter des devises consacrées comme « No pain no gain » ou encore «There’s no I in team ». Ces mentalités sportives peuvent ainsi contribuer à renforcer la stigmatisation entourant les problèmes de santé mentale. Le travail et l’acharnement étant généralement récompensés, certains étudiants-athlètes ne veulent pas admettre leurs besoins ou reconnaître leurs difficultés personnelles pour ne pas nuire à leurs relations avec leurs coéquipiers ou influencer la confiance de leur entraîneur face à leur capacité de performer. À ce sujet, une étude (Gulliver, Griffiths et Christensen, 2012) a permis de constater que plus de 40% des obstacles à la recherche d’aide sont liés à la stigmatisation et à l’embarras que ressentirait un athlète lorsqu’il sollicite de l’aide.

Certaines caractéristiques propres aux étudiants-athlètes sont susceptibles de les rendre plus à risque de développer des troubles de santé mentale. Parmi ceux-ci, il y a le stress lié à la performance sportive, les blessures, le fait de résider dans une ville différente de leur ville natale et la manifestation de comportements davantage à risque quant à la consommation d’alcool (Gulliver, Griffiths et Christensen, 2012). Par ailleurs, 51% des athlètes qui subissent des blessures souffrent de symptômes dépressifs de type moyen à sévère. Les athlètes blessés, ceux qui approchent de leur retraite ainsi que ceux qui vivent des difficultés de performance seraient également plus à risque de vivre des problèmes de santé mentale (Rice et coll., 2016).

Bref, il est grand temps que la santé mentale prenne la place qui lui revient dans les discours en milieux sportifs afin de contribuer à enrayer la stigmatisation qui lui est malheureusement associée. Cette mentalité doit changer pour que la santé mentale soit traitée avec autant de sérieux et d’ouverture que les blessures physiques. C’est pourquoi Sport’Aide s’engage à ouvrir la discussion sur la santé mentale et offre notamment une ligne d’écoute à tous les athlètes qui vivent de telles difficultés. Ce service est également offert à l’entourage d’athlètes aux prises avec ces inquiétudes. Vous pouvez nous joindre au 1-833-211-2433.

J. G-B.

 

 

Sources :

Gulliver, A., Griffiths, K. M., & Christensen, H. (2012). Barriers and facilitators to mental health help-seeking for young elite athletes: a qualitative study. BMC psychiatry, 12(1), 157.

Rice, S. M., Purcell, R., De Silva, S., Mawren, D., McGorry, P. D., & Parker, A. G. (2016). The mental health of elite athletes: a narrative systematic review. Sports medicine, 46(9), 1333-1353.

Schwenk, T. L. (2000). The stigmatisation and denial of mental illness in athletes. British journal of sports medicine, 34(1), 4-5.

Watson, J. C. (2005). College student-athletes’ attitudes toward help-seeking behavior and expectations of counseling services. Journal of College Student Development, 46(4), 442-449.

En fait, dans la population générale, une personne sur cinq souffrira d’un problème de santé mentale au cours de sa vie, et les athlètes n’y font pas exception.