Sport’Aide a nouvellement été identifiée comme Porteur des droits de l’enfant. La mobilisation de plus de 70 organismes profitera du mois de novembre pour valoriser les droits de l’enfant. Dans le cadre de ce mois, Sport’Aide vous propose de réfléchir à la tension entre la culture sportive et celle des droits de l’homme qui fonde les droits de l’enfant.

Égalité ou inégalité

« Nous vivons dans une société démocratique où règne une morale démocratique qu’on peut résumer par l’appellation les droits de l’homme. […] Et dans la même société, le sport est l’objet d’une adulation, d’une mise en scène médiatique perpétuelle. […] L’étonnant c’est que notre morale démocratique, les droits de l’homme, est fondée sur le fait que tous les êtres humains sont égaux et le sport de compétition est fondé sur le fait que tous les êtres humains sont inégaux. » – André Comte-Sponville –

Ce paradoxe de l’égalité et l’inégalité des êtres humains soulevé par Comte Sponville passe inaperçu pour la plupart des gens. Pourtant, certaines personnes le ressentent et il s’agit de la raison pour laquelle elles sont rebutées par le sport. Elles y voient en ce lieu où l’on célèbre l’inégalité en adulant les meilleurs, une attaque contre le fait que tous les êtres humains devraient être traités avec le même respect. Lorsque l’on gratte un peu, on constate que le paradoxe soulevé par André Comte-Sponville est une problématique bien réelle qui mérite notre attention.

Nous pensons toutefois qu’il faut tenir bon à la fois sur l’égalité et l’inégalité. La raison étant que l’on ne parle pas de la même égalité ou inégalité. Tous les êtres humains sont égaux en droits et en dignité. C’est-à-dire que la valeur inhérente au fait d’être un être humain est suffisante pour faire en sorte que chacun devrait recevoir le même respect de ses droits. Cela dit, tous les êtres humains sont inégaux en fait et en valeur comme certains courent plus vite que d’autres, certains sont plus intelligents que d’autres… ou que certains respectent plus les droits de l’homme que d’autres. Cela fait en sorte que si tous méritent le même respect, tous ne méritent pas la même estime ou la même admiration.

« Je rêve d’un sport qui serait pour nos enfants une leçon sur ces deux points, qui leur rappellerait que tous les humains sont égaux en droit et en dignité. Et qui les aiderait à comprendre que tous les humains ne sont pas égaux en fait et en valeur. » – André Comte-Sponville –

Esprit sportif

En terme sportif, oui, il vaut mieux essayer de gagner que de perdre, mais il ne faut jamais que cela se réalise au détriment des droits des autres sportifs. Par ailleurs, Patrice Bergeron lors d’une entrevue qu’il nous accordait sur le sujet, nous rappelait qu’il est très possible de conjuguer combativité et respect, d’être un grand compétitif tout en gardant un bon esprit sportif. Lui-même est un exemple frappant de ce mariage harmonieux qu’il a appris de ses parents, entraîneurs et mentors. C’est d’ailleurs pourquoi il mérite toute notre estime et notre admiration étant un grand sportif oui, mais aussi un grand homme.

« J’ai eu des entraîneurs en grandissant pour lesquels il fallait respecter l’adversaire. Oui on veut gagner. Oui on veut compétitionner, mais il n’y a pas de mauvais perdants ou justement de mauvais gagnants… et de commencer à rire du monde. » – Patrice Bergeron – Bruins de Boston, Ligue nationale de hockey

Il faut comprendre que cet apprentissage de l’esprit sportif qui est au fond la conjugaison de la compétition et des droits de l’homme est la morale que l’on souhaite enseigner à nos enfants dans une démocratie libérale. Notre système économique est basé sur ce principe que chacun devrait compétitionner pour avoir le plus de capital possible, mais que cette compétition devrait être encadrée par la morale où chacun respecte les droits de l’homme. Cette morale n’est malheureusement enseignée que magistralement dans les cours d’éthique à l’école alors qu’elle devrait plutôt être enseignée comme le développement d’une compétence, en étant mise en pratique pour être réellement intégrée. C’est ce que le sport permet par l’enseignement de l’esprit sportif.

Les jeunes qui bénéficient, comme Patrice Bergeron, d’un enseignement explicite de cette morale, mais qui, en plus, ont l’occasion de la mettre en pratique jour après jour dans leur sport peuvent développer une sensibilité accrue à la valeur inhérente de la nature humaine. C’est par cette sensibilité que nous pouvons motiver les gens à respecter et défendre les droits de l’homme. C’est d’ailleurs probablement pourquoi durant la récente montée du mouvement Black Lives Matter, il a été si facile, intuitif et évident pour Patrice de prendre position et de contribuer financièrement à une organisation pour changer les choses.

« Pour moi, je pense que ça revient aux droits humains. C’est important. C’est quelque chose qui ne peut pas être tabou en 2020. Que l’on se doit de parler… » – Patrice Bergeron –

Au final, le sport est une belle occasion d’éduquer sur cette tension entre la compétition et les droits de l’homme. Cependant, pourvu qu’il garde la tension entre ces deux pôles. Par exemple, si on enraye la compétition, oui, les jeunes respecteront les droits des autres, mais seulement parce qu’ils n’éprouvent plus de désir de vaincre. Ils ne se pratiqueront pas à résister à ce désir pour respecter les droits des autres. Il s’agit de la même réflexion si au contraire la compétition prend toute la place. On perd cette tension éducative. Le sport servira seulement le développement moral et humain des athlètes s’il permet la pratique quotidienne et explicite de cette régulation du désir de vaincre pour respecter les droits de l’homme.

Si vous voulez pousser votre réflexion, nous vous invitons à aller voir ou entendre le balado que nous avons réalisé avec Patrice Bergeron et qui sera diffusé à partir du 16 novembre 2020 au https://sportaide.ca/balado-sportaide-tete-a-tete-avec/

Entre-temps vous pouvez aussi écouter l’entrevue d’André Comte-Sponville avec l’Institut national du sport, de l’expertise et de la performance qui a largement inspiré ce blogue au https://www.youtube.com/watch?v=Nq28ij1pPQQ&t=1500s

Bonne écoute!

Alexandre Baril
Chargé du projet À l’action ! Agissons contre l’intimidation

« Pour moi, je pense que ça revient aux droits humains. C’est important. C’est quelque chose qui ne peut pas être tabou en 2020. Que l’on se doit de parler… »

– Patrice Bergeron –