Dans la foulée de notre programme « À l’action ! Agissons contre l’intimidation en milieu sportif » lancé en mai dernier, nous travaillons présentement sur la cyberintimidation. Lors de nos consultations documentaires, nous nous sommes arrêtés au livre Génération internet de Jean M. Twenge professeure en psychologie à l’Université de San Diego. À la suite de cette lecture, nous éprouvions le besoin de vous en faire un petit compte-rendu considérant qu’elle aborde à certains endroits le lien entre le bien-être, le temps d’écran et l’activité physique.

Le cœur de son argumentaire repose sur la démocratisation du téléphone intelligent et ses impacts pour la génération suivant les milléniaux. En effet, si nous reculons de quelques années aux États-Unis, nous pouvions encore percevoir des différences selon les origines ethniques et les classes sociales dans l’utilisation d’internet. Par contre, en 2015, ces différences se sont complètement effacées. Pour reprendre le propos de Twenge, internet est devenu une expérience universelle. Ce pourquoi il devient alors pertinent de se questionner quant aux effets de cette démocratisation sur la génération ayant grandi avec un téléphone intelligent vissé à leurs mains.

L’une des conséquences considère l’effet marqué sur la santé mentale. Nos jeunes, et plus particulièrement nos jeunes filles, seraient de plus en plus à risque de présenter des symptômes dépressifs. Nous parlons ici de 10% de jeunes filles de plus présentant des symptômes dépressifs en 8 e, 10e et 12e années (l’équivalent ici des secondaires 1er, 3e et 5e).

Si les garçons semblent moins touchés au niveau des symptômes dépressifs, ils le sont tout de même lorsque l’on parle de dépression majeure ou d’autres variables comme la solitude, la satisfaction de vie et les taux de suicide (voir le livre de Twenge).

Cela dit, les jeunes filles demeurent plus à risque dans cette nouvelle ère numérique comme le confirme d’ailleurs le taux d’hospitalisation pour automutilation qui a triplé depuis 2009 pour les filles de 10-14 ans, passant de 100 par 100 000 à 300 par 100 000.

Toutes ces statistiques suivent de très près l’évolution des technologies. Et pour ceux qui se posent la question, elles ne suivent pas du tout les données de la récession économique.

Il y aurait donc un lien inverse entre l’exposition aux nouvelles technologies et le bien-être. Mais, pourquoi est-il important que les acteurs du milieu sportif soient sensibilisés à cette situation? Simple. L’activité physique et sportive a été identifiée comme étant un excellent facteur de protection contre le risque d’être malheureux, de se sentir seul et de développer des symptômes dépressifs alors que le temps d’écran représente un facteur de risque significatif pour toutes ces variables.

Une étude (méta-analyse) de Rodriguez-Ayllon et al.(2019) confirme d’ailleurs un lien positif entre l’activité physique et la santé mentale. Toutefois, cette même étude souligne que si l’activité physique est une avenue intéressante en relation avec cette problématique, cela dépend grandement de la qualité du contexte de pratique et que dans certains cas l’activité physique peut même entraîner l’effet inverse et empirer la situation.

Ce qui n’est pas sans rappeler le blogue sur la santé mentale des étudiants-athlètes que nous avons publié il y a quelques mois ou les statistiques marquantes de l’étude récente de Kerr et al. (mai 2019) portant sur le lien entre les mauvais traitements (abus et violence) dans les équipes sportives nationales et la santé des athlètes qui notaient que 13% des athlètes actifs et 20% des athlètes retraités admettent avoir eu des pensées suicidaires.

En résumé, nous devons retenir que la santé mentale est une problématique devant être adressée dans les années à venir puisqu’elle semble être exacerbée par l’apparition et la démocratisation des nouvelles technologies, dont les téléphones intelligents. Nous devons aussi retenir que nous avons tous un rôle important à jouer dans ce défi alors que l’activité physique est un facteur de protection déterminant. Cependant, il demeure de notre ressort et de notre responsabilité de créer des environnements positifs exempts d’abus et de violence afin que le sport puisse vraiment être aidant dans cette problématique.

Pour du support ou des conseils sur le sujet, n’hésitez pas à contacter notre service d’écoute au 1-833-211-AIDE (2433).

Alexandre Baril

Chargé de projet – À l’action ! Agissons contre l’intimidation en milieu sportif

Sport’Aide

 

Pour mieux comprendre les intrications entre le bien-être et le temps d’écran, ou pour savoir pourquoi les jeunes filles sont à risque que les garçons, je vous invite à lire le livre Génération internet de Jean M. Twenge.

Pour des conseils pratiques sur la gestion du temps d’écran, je vous invite à lire Jeunes connectés, parents informés de Cathy Tétrault du Centre Cyber-Aide.

Pour une introduction aux problèmes de santé mentale en sport je vous invite à prendre connaissance de notre blogue Étudiant-athlètes et santé mentale : une réalité méconnue .

Références

Kerr, G., Willson, E., et Stirling, A. (2019). Prevalence of Maltreatment Among Current and Former National Team Athletes. Repéré à https://athletescan.com/sites/default/files/images/prevalence_of_maltreatment_reporteng.pdf

Rodriguez-Ayllon, M., Cadenas-Sanchez, C., Estévez-Lopez, F., Munos, N. E., Mora-Gonzalez, J. et al., (2019). Role of Physical Activity and Sedentary Behavior in the Mental Health of Preschoolers, Children and Adolescents: A Systematic Review and Meta-Analysis. Sport Medecine, Apr 16. doi: 10.1007/s40279-019-01099-5.

Twenge, J. M. (2017). IGen: Why today’s super-connected kids are growing up less rebellious, more tolerant, less happy–and completely unprepared for adulthood–and what that means for the rest of us . Simon and Schuster.

Nos jeunes, et plus particulièrement nos jeunes filles, seraient de plus en plus à risque de présenter des symptômes dépressifs. Nous parlons ici de 10% de jeunes filles de plus […]