Dans le cadre du lancement de notre nouveau programme À l’action! Agissons contre l’intimidation en milieu sportif , nous vous proposons une série de textes qui porteront sur la thématique de l’intimidation.

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À l’occasion de notre plus récent blogue, rappelez-vous, nous avions abordé la puissance de la résilience en vous présentant notre porte-parole Cindy Ouellet. Il s’agissait alors de notre premier blogue portant sur une approche pour contrer l’intimidation. Cette semaine, nous allons entrer davantage dans le vif du sujet en se questionnant sur ce que nous pouvons faire pour contrer l’intimidation.

Avant même de répondre à cette question, il faut d’abord savoir que l’intimidation peut être contrée. Certaines personnes nous diront que, comme « l’homme est un loup pour l’homme », la violence fait partie de notre nature et qu’il est donc impossible d’y faire quoi que ce soit. Pourtant, même Thomas Hobbes, auteur de cette citation, affirmait qu’une politique fondée sur le droit à la sécurité permettrait de dépasser cette condition naturelle de l’homme.

En gros, s’il semble impossible d’enrayer définitivement la violence considérant qu’elle fait partie de nous, nous pouvons toutefois la contrôler et la réduire significativement. En milieu scolaire par exemple, les programmes réussissent à diminuer le nombre de cas d’intimidation (Ttofi et al., 2011). Par contre, les résultats varient grandement selon la qualité du programme mis en place. Certains peuvent même avoir l’effet inverse et engendrer plus de violence (Ttofi et al., 2011). Heureusement, la recherche a su identifier quelques facteurs clés répertoriés parmi les meilleures interventions. À la base, le premier facteur nécessite qu’un programme efficace soit global. (Astor et al., 2009; Beaumont, 2014; Cohen, et al., 2009; Espelage, 2014 ; Solomon et al., 2012; Steffgen et al., 2013; Ttofi et al., 2011; Wilson et al., 2007).

La raison provient des causes liées à l’intimidation. Éric Debarbieux (2008), ex-président de l’ Observatoire international sur la violence à l’école, recommande d’ailleurs : « Cause unique tu rejetteras ». Ainsi, c’est l’accumulation de facteurs de risque et le manque de facteurs de protection qui détermineront les risques d’être victime ou intimidateur. Bref, l’intimidation n’est ni causée par un facteur de risque, ni contrée par un facteur de protection. Ce pourquoi, nous devons considérer l’ensemble comme l’ont fait à juste titre Parent et al., (2019) dans leur synthèse en contexte sportif :

Facteurs de protection

Facteurs individuel

  • Habiletés athlétiques supérieures

Facteurs relationnels

  • Bonne cohésion d’équipe
  • Présence de dynamiques positives de groupe formées par les pairs (développement d’une bonne communication entre les pairs, apprentissage du travail d’équipe et du soutien mutuel des coéquipiers)
  • Présence de parents et d’adultes proactifs et sensibles à la problématique de l’intimidation

Facteurs contextuels ou organisationnels

  • Valeurs en lien avec des environnements sécuritaires pour les participants dans un effort de créer un climat ne soutenant pas l’intimidation
  • Valeurs fondées sur la coopération

(Parent et al., 2019)

Un bon programme réussira donc à agir à chacun des niveaux (individuel, relationnel et contextuel ou organisationnel) afin d’assurer le plus de facteurs de protection possibles et le moins de facteurs de risque pour nos jeunes sportifs. Le programme pourra alors être qualifié de global.

C’est l’approche priorisée au quotidien par Sport’Aide dans toutes ses interventions, tant avec les individus que les organisations. Et c’est pourquoi notre programme- À l’action! Agissons contre l’intimidation en milieu sportif – cherche à outiller l’ensemble des acteurs œuvrant aux différents niveaux de la communauté sportive (jeunes sportifs, parents, entraîneurs et administrateurs). Essentiellement, il faut toujours garder en tête que si chaque outil du programme a sa propre utilité, il est généralement nécessaire d’utiliser une multitude d’outils pour faire face à l’intimidation. Somme toute, la violence reste un phénomène très complexe qui requiert une intervention à plusieurs niveaux.

Dans notre prochain blogue, nous aborderons une approche complémentaire à l’approche globale, mais tout aussi nécessaire, l’approche positive.

En attendant, vous pouvez explorer les différentes facettes de notre programme au www.contrerlintimidation.sportaide.ca

Vous pouvez aussi consulter l’article de Parent et D’amours (2019) puisqu’en raison d’un manque d’espace, nous n’avons pu vous présenter les facteurs de risques liés à l’intimidation. Vous pourrez donc les retrouver au Facteurs-de-risque/INSPQ

Alexandre Baril

Chargé de projet – À l’action! Agissons contre l’intimidation en milieu sportif

Sport’Aide

Médiagraphie

Astor, R. A., Benbenishty, R., & Estrada, J. N. (2009). School violence and theoretically atypical schools: The principal’s centrality in orchestrating safe schools. American Educational Research Journal, 46(2), 423-461.

Beaumont, C. (2014). Revoir notre approche en prévention de la violence et de l’intimidation : des interventions soutenues par la recherche ; Mémoire présenté au secrétariat du forum sur l’intimidation Ministère de la famille.Québec, QC : Chaire de recherche sur la sécurité et la violence en milieu éducatif .

Cohen, J., McCabe, L., Michelli, N. M., & Pickeral, T. (2009). School climate: Research, policy, practice, and teacher education. Teachers college record111(1), 180-213.

Debarbieux, É. (2008). Dix Commandements contre la violence à l’école (Les). Odile Jacob.

Espelage, D. L. (2014). Ecological theory: Preventing youth bullying, aggression, and victimization. Theory into Practice53 (4), 257-264.

Parent, S. et D’Amours, C. (2019). Intimidation en contexte sportif. Repéré àhttps://www.inspq.qc.ca/intimidation/jeunes/intimidation-en-contexte-sportif .

Solomon, B. G., Klein, S. A., Hintze, J. M., Cressey, J. M., & Peller, S. L. (2012). A meta‐analysis of school‐wide positive behavior support: An exploratory study using single‐case synthesis. Psychology in the Schools49(2), 105-121.

Steffgen, G., Recchia, S., & Viechtbauer, W. (2013). The link between school climate and violence in school: A meta-analytic review. Aggression and Violent Behavior18(2), 300-309.

Ttofi, M. M., & Farrington, D. P. (2011). Effectiveness of school-based programs to reduce bullying: A systematic and meta-analytic review. Journal of Experimental Criminology7(1), 27-56.

Wilson, S. J., & Lipsey, M. W. (2007). School-based interventions for aggressive and disruptive behavior: Update of a meta-analysis. American journal of preventive medicine33(2), S130-S143.

«[…], s’il semble impossible d’enrayer définitivement la violence considérant qu’elle fait partie de nous, nous pouvons toutefois la contrôler et la réduire significativement.»