Dans le cadre du lancement prochain – ce 16 mai – de notre nouveau programme À l’action! Agissons contre l’intimidation en milieu sportif, nous vous proposons une série de textes qui portent sur la thématique de l’intimidation.  

Notre dernier blogue abordait les conséquences qu’engendre l’intimidation. Cependant, il est faux de croire que toutes les victimes vivront avec des séquelles psychologiques toute leur vie ou développeront un problème de santé mentale en conséquence à cette expérience négative (Ttofi et al., 2011). Disons que certaines personnes sont marquées par l’intimidation, mais d’une manière complètement différente.

Qui est Cindy Ouellet ? 

Cindy est un trésor bien gardé au Québec. Nous avons eu la chance de la rencontrer et d’entendre son histoire lors d’une conférence organisée par Sport’Aide en juin dernier, alors qu’elle avait laissé la salle entière sans mots par son parcours inspirant.

  • 3 x Jeux paralympiques : Basketball en fauteuil
  • 1 x Jeux paralympiques : Ski paranordique
  • 12 ans de conservatoire : Piano
  • Doctorante en génie biomédical : Université Southern Calfornia

Cindy Ouellet, c’est beaucoup plus que des médailles. Son parcours de vie hors du commun nous enseigne une leçon de force et de résilience.  Alors qu’à seulement 12 ans, Cindy doit affronter un cancer des os qui ne lui laissait guère plus que 1% de chance de survie.  Contre toute attente, elle a réussi à vaincre cet adversaire, mais non sans y laisser une partie d’elle-même. Elle perd sa hanche gauche et les médecins la condamnent à son fauteuil roulant pour le reste de sa vie. Dur coup pour Cindy qui, avant la maladie, était déjà une grande sportive. Un nouveau défi se présente à elle ; son fauteuil qui, d’apparence moins mortelle que le premier, deviendra en réalité un adversaire de taille.

Puissance

Lors de la conférence de Cindy, elle nous raconte l’événement qui sera le moment où elle « touche le fond du baril » dans un témoignage des plus émouvants. Ce moment où son père l’amène faire du ski. Il s’était alors totalement investi à construire une luge à sa fille afin qu’elle puisse enfin recommencer à pratiquer la glisse. Très enthousiaste, elle s’assoit dans la luge pour reprendre un tant soit peu le cours normal de sa vie. Assise dans sa luge, elle panique littéralement lorsqu’elle réalise – malgré tous ses efforts – être incapable d’avancer.  Dévastée, elle est frappée d’impuissance et souffre d’avoir laissé tomber son père… et ses illusions.

« C’est à ce moment bien précis que je me suis dit : Il faut que je devienne forte. »

Cette volonté est caractéristique de Cindy; elle est le principal moteur de tous ses exploits. Ce choix de la force au détriment de l’apitoiement, c’est ce qui l’a entrainée à contredire les prévisions de ses médecins pour recommencer ensuite à marcher… difficilement certes, mais tout de même. C’est aussi ce choix qui l’a aidée à affronter l’intimidation dont elle a été victime à son retour en classes. Elle se faisait insulter, pousser et frapper en raison de son handicap et de sa récente affirmation de son orientation sexuelle. Aujourd’hui, malgré tout, elle remercie ses intimidateurs.

« Je suis devenue qui je suis grâce à eux et ce qu’ils m’ont fait subir. »

Évidemment, le but ici ne vise nullement à diminuer les conséquences que l’intimidation peut avoir sur la victime ou – pire encore – d’encourager l’intimidation et de fermer les yeux sur celle-ci. Au contraire, il faut agir pour prévenir et contrer l’intimidation.

En fait il s’agit plutôt à ce moment-ci de montrer qu’il faut encourager les jeunes victimes d’intimidation à voir la force qui les habite afin de l’utiliser comme levier vers la résilience. C’est d’ailleurs ce que Lukianoff et Haidt défendent dans The Coddling of the American Mind. Selon eux, tous les enfants devraient intégrer ce principe de base consistant à puiser dans leurs propres ressources pour rebondir d’une situation difficile. Partant de là, qui est mieux placée que Cindy Ouellet pour faire la promotion de ce constat ? C’est donc pourquoi nous l’avons choisie comme porte-parole du nouveau programme de prévention de l’intimidation À l’action! Agissons contre l’intimidation en milieu sportif.

Enfin, ce serait simplifier l’intimidation à outrance d’assumer que ce seul principe puisse solutionner cette problématique. De fait, Cindy elle-même vous dirait que ses parents et son entourage ont joué un rôle encore plus important dans sa résilience. Les études le confirment en affirmant que la résilience est atteinte en partie grâce aux caractéristiques personnelles de la victime, mais aussi grâce à son environnement (Lecomte, 2006 ; Roberge, 2008). Nous aborderons d’ailleurs cette dynamique dans notre prochain blogue.

Pour l’instant, nous vous invitons à visionner les courtes vidéos de présentation de Cindy et Les aventures de Cindy en bandes dessinées disponibles sur notre site web contrerlintimidation.sportaide.ca

Alexandre Baril – Sport’Aide

Chargé de projet À l’action! Agissons contre l’intimidation  

 

Médiagraphie

  • Lecomte, J. (2006). La résilience après maltraitance, fruit d’une interaction entre l’individu et son environnement social. Les cahiers de psychologie politique, numéro 8, janvier 2006. Repéré à http://lodel.irevues.inist.fr/cahierspsychologiepolitique/index.php?id=1065.
  • Lukianoff, G., & Haidt, J. (2018). The coddling of the American mind: How good intentions and bad ideas are setting up a generation for failure. Penguin.
  • Roberge, G. D. (2008). The Tentacles of Bullying: The impact of negative childhood peer relationships on adult professional and educational choices. Canadian Journal of Career Development/ Revue Canadienne de Developpement de Carrière, 7(1), 35-44. Repéré à http://cjcdonline.ca/wp-content/uploads/2014/11/The-Tentacles-of-Bullying-The-Impact-of.pdf.
  • Ttofi, M. M., Farrington, D. P., Lösel, F., & Loeber, R. (2011). Do the victims of school bullies tend to become depressed later in life? A systematic review and meta-analysis of longitudinal studies. Journal of Aggression, Conflict and Peace Research, (2), 63-73.