Aujourd’hui, je m’adresse à l’athlète en toi qui passe beaucoup d’heures à peaufiner ses techniques, aussi pointues soient-elles. J’ai envie de partager avec toi l’expérience que j’ai vécue. J’espère sincèrement qu’après avoir lu ce texte, mon message te restera en mémoire et que tu puisses en faire usage comme bon te semble.

J’ai passé les cinq années de mon secondaire dans un programme sport-études. Être dans un programme sport-études, tu le sais comme moi, ne se résume pas à passer deux heures de ta journée à faire un sport. La réalité implique bien plus de sacrifices. Être dans un programme sport-études, ça signifie que ton heure de dîner est écourtée et que tu doives manger en vitesse parce que tu dois être habillé et prêt pour l’échauffement en même temps que tout le monde. Tu dois donc penser judicieusement à ce que tu vas engloutir, puisque ta dernière bouchée vient tout juste d’être avalée que tu te retrouves déjà à courir aux côtés de dizaines d’autres athlètes qui ne cherchent eux aussi, à quelques exceptions près, qu’à se surpasser à chaque jour… à chaque répétition.

Pendant ta pratique, tu te remémores les correctifs que ton entraîneur a apportés la veille, puis tu tentes le plus possible de les mettre en pratique. Les résultats ne se voient pas encore, mais tu continues à appliquer les petits détails que tu dois corriger. Ça fait maintenant deux semaines que tu travailles avec acharnement et tu commences enfin à percevoir une amélioration. Puis là, pendant ta pratique, tu vois ton temps s’améliorer de quelques secondes, ou tu réussis enfin à gagner quelque mp/h sur ton lancer. Peut-être même as-tu sauté un peu plus haut que la dernière fois, grâce aux efforts que tu y mets depuis ces deux dernières semaines. On se sent tellement fier et on comprend pourquoi on y met autant d’efforts. En parallèle, tu venais tout juste de recevoir le décevant résultat d’un test de français et tu mijotais déjà une excuse à tes parents pour leur expliquer pourquoi celui-ci s’était moins bien passé que les autres. Sauf que maintenant, tu quittes la pratique avec l’envie folle de raconter à tes parents ce que tu viens d’accomplir. Tu ne penses à rien d’autre.

Maintenant que la pratique est terminée, tu dois aller aux douches en vitesse puisque tu ne voudrais surtout pas rater l’autobus pour retourner à la maison. Tu te dépêches à aller chercher tes livres dans ton casier, faire ton sac, et c’est reparti. Tu réussis finalement à grimper à bord, alors que l’autobus s’apprêtait à quitter. Tu dois te trouver une place avec quelqu’un parce que tous les bancs sont occupés, mais ce n’est pas évident avec tous les sacs que tu possèdes. Quelqu’un te fait enfin une place. Tu t’assois et tu te rends compte que t’as encore plus chaud qu’avant de prendre ta douche… un classique. Bref, tu arrives chez toi exténué. T’avais prévu étudier un chapitre avant le souper, mais tu te dis que t’allonger sur le sofa pourrait être une bonne idée. Tu te réveilles en sursaut lorsque ta mère te dit que le souper est prêt. Tu manges, tu racontes tes anecdotes à moitié parce que t’es affamé. Le souper étant terminé, tu sors tes livres et tu commences à étudier. Tu regardes l’heure, tu te rends compte que tu devrais déjà être couché à cette heure-là. Tu te dis que tu dois absolument terminer cette section, mais ça fait quatre fois que tu lis la

même phrase. Tu as vraiment ta journée dans le corps. Il ne te restait que quelques pages à lire, tu vas donc le faire demain matin en prenant le petit déjeuner.

Cette vie trépidante, je l’ai vécue pendant cinq ans. Évidemment, quelques jours sortent de l’ordinaire et brisent cette routine. Cette routine qui était toutefois immanquable. J’ai maintenu ce train de vie pendant trois autres années, au collégial. Malgré tout, je dois t’avouer que je recommencerais tout ça demain matin!

La seule chose que tu ne dois pas oublier tout au long de ces efforts, c’est ta passion envers ce sport. Je te dis ça, parce qu’on finit par oublier pourquoi on fait tous ces sacrifices. Je m’en suis rendu compte à la fin de ces huit ans. Comme toi, je faisais des compétitions l’été et mon sport-études l’hiver. Pendant toutes ces années, j’arrivais au camp d’entraînement estival avec toute cette routine imprégnée en moi. Je n’avais plus cette flamme de début de saison et toute cette fébrilité à me retrouver sur le terrain.

Mon premier hiver sans sport-études m’a paru comme une éternité. Par contre, au camp d’entraînement, je devais être la personne la plus heureuse et enthousiaste à m’y retrouver. Tu sais, cette année-là, j’avais connu ma meilleure saison depuis ces neuf dernières années. Voilà pourquoi je ne veux pas que tu t’oublies. Le sport-études est une alliance extraordinaire, cependant, ceci doit le rester, car ne perds pas de vue que c’est pour t’aider à t’améliorer saison après saison. Écoute ton corps puisque toi seul peux savoir si tu as besoin d’un moment de repos à un moment ou l’autre. Garde toujours cette envie folle de te retrouver sur le terrain. Elle t’aidera à te surpasser, bien plus que tu peux l’imaginer. Si tu te présentes au camp de sélection avec l’impression de continuer une routine, ou encore avec l’impression de devoir le faire parce que tu as passé toute la saison morte à pratiquer, arrête-toi deux minutes et pose-toi la question. Est-ce que tu le fais parce que t’en a envie, ou parce que tu te sens obligé de le faire ?

En espérant avoir réussi à te rejoindre sur quelques mots, je te souhaite une bonne continuité et surtout, bon succès !

J. T.

« Être dans un programme sport-études, ça signifie que ton heure de dîner est écourtée et que tu doives manger en vitesse parce que tu dois être habillé et prêt pour l’échauffement en même temps que tout le monde. »